Entre autorisation et interdiction

La terrasse est pleine de vie.

Le cliquetis des verres, les voix autour, le soleil qui glisse sur les tables… tout devrait être banal.

Et pourtant, je sais.

Dès que je m’assieds face à elle, je sais que quelque chose a changé.

Son regard est déjà sur moi.

Stable.

Posé.

Plus silencieux que d’habitude.

Je n’ose pas parler le premier.

— Tu sais pourquoi tu es là, n’est-ce pas ?

Sa voix est calme. Trop calme.

Je déglutis légèrement.

— Je crois, Maîtresse.

Un silence.

Elle ne répond pas tout de suite.

Elle prend son temps. Toujours.

— Alors dis-moi.

Je relève les yeux.

— J’ai… mal agi.

Elle incline légèrement la tête.

— “Mal agi”…
— c’est vague.

Je sens une pression monter dans ma poitrine.

— J’ai laissé mon regard… se perdre.

Elle m’observe, sans ciller.

— Où ça ?

Une hésitation.

— Sur une femme.

Le silence devient plus lourd.

Elle penche légèrement la tête.

— Et tu as oublié quelque chose ?

Je baisse les yeux.

— Oui, Maîtresse.

— Rappelle-le-moi.

Je prends une inspiration.

— Que cela ne m’est pas autorisé.

— Par moi.

— Par vous.

Elle hoche lentement la tête.

— Bien.

Un mot simple.

Mais il pèse.

Puis, plus doucement :

— Tu vois… avec les hommes, ce n’est pas la même chose.

Mon cœur s’accélère légèrement.

Elle se redresse, son ton devient presque complice.

— Quand je te dis : “Regarde”…
— tu regardes.

Un léger sourire au coin des lèvres.

— Quand je te dis : “Tu vois comme il est beau”…
— tu ressens.

Je reste silencieux.

— Et parfois…

Elle se penche légèrement vers moi.

— je vais plus loin.

Son regard devient plus direct.

— Parce que j’aime te voir réagir.

Un frisson me traverse.

— J’aime voir jusqu’où je peux te guider.
— Jusqu’où tu es capable de me suivre.

Elle esquisse un sourire lent.

— Tu es beau quand tu t’offres à eux… sous mes directives.

Le silence s’installe.

Puis, plus bas :

— Mais avec les femmes…

Le ton change.

Plus froid.

Plus net.

— Tu oublies trop facilement.

Je baisse légèrement la tête.

— Oui, Maîtresse.

— Et ça…

Elle marque une pause.

— Je ne l’accepte pas.

Son regard me tient.

— Je suis ta propriétaire… ta Reine.

Sa voix est posée, mais elle s’ancre en moi.

— Et toi… tu es à moi.

Je baisse les yeux presque instinctivement.

— Ton regard, ton attention… même ce que tu crois instinctif… tout ça m’appartient.

Ma respiration ralentit.

Ses mots m’enveloppent autant qu’ils m’imposent.

— Quand tu regardes une femme… tu oublies.

Un silence.

— Oui, Maîtresse…

— Tu oublies que je suis la seule.

Mes doigts se crispent légèrement.

— La seule que tu dois regarder comme ça.
— La seule qui a ce droit sur toi.

Je hoche doucement la tête.

— Oui, Maîtresse.

Elle se rapproche à peine.

— Ton collier…

Rien que ce mot suffit.

Je le sens immédiatement contre ma peau.

— Pourquoi tu le portes ?

Je prends une seconde.

— Pour vous… Maîtresse.

Elle incline légèrement la tête.

— Non.

Un temps.

— Tu le portes pour te souvenir.

Ses mots descendent lentement.

— Pour sentir, même quand je ne suis pas là, que tu es attaché à moi.

Ma main effleure inconsciemment mon cou.

— Que tu m’appartiens.

Je ferme légèrement les yeux.

— Oui, Maîtresse…

— Alors ton regard doit suivre.

Un silence.

— Ton comportement aussi.

Je reste immobile.

— Je comprends…

Elle me laisse une seconde.

Puis, plus bas :

— Il n’y a pas d’autre femme.

Mon souffle se bloque légèrement.

— Il n’y a que moi.

Je baisse encore la tête.

— Oui, Maîtresse.

Le bruit autour de nous semble s’effacer.

— Tu comprends la différence ?

— Oui… Maîtresse.

— Explique-moi.

Je prends une inspiration.

— Avec les hommes… vous me guidez.
— Vous jouez.
— Vous contrôlez mon regard et mes réactions.

Une pause.

— Avec les femmes… c’est une limite.

Elle me fixe.

Longuement.

Puis elle incline légèrement la tête.

— Exact.

Un mot.

Net.

Puis :

— Et la cage ?

Je me tends légèrement.

Son regard s’intensifie.

— Elle te rappelle quelque chose.

— Oui, Maîtresse.

— Quoi ?

— Que je n’agis pas comme je veux.
— Que je suis contenu.
— Que je suis… à vous.

Son regard se fait plus lent.

— Exactement.

Un silence.

Elle croise les jambes, posée.

— Et ça te plaît.

Je prends une seconde.

— Oui… Maîtresse.

Elle m’observe.

— Parce que tu sais que je peux aller plus loin.

Je relève les yeux.

— Je le sais.

Un léger sourire.

— Avec moi, tu apprends à te contrôler.
— À te retenir.
— À me montrer que tu comprends.

Une pause.

— Et avec d’autres…

Son regard glisse un instant sur la terrasse, puis revient à moi.

— je décide jusqu’où tu vas.

Mon souffle se bloque légèrement.

Elle ne commente pas.

Elle laisse la phrase exister.

Puis elle se penche légèrement vers moi.

— Et la prochaine fois que tu oublies…

Un murmure.

— je m’assurerai que tu t’en souviennes.

Un silence.

Profond.

Présent.

Je reste immobile.

Face à elle.

Sous son regard.

Conscient.

Aligné.

Et parfaitement à ma place.
il y a 8 heures

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